La réalité virtuelle pour se refaire une santé

Mis à jour : sept. 24

Lutter contre la crainte d’avoir mal, quand on a déjà tant souffert, gagner en amplitude et en souplesse dans ses mouvements, ou tout simplement s’évader… À la clinique Les Rosiers, à Dijon, la réalité virtuelle est un outil de rééducation presque comme un autre : ce petit truc en plus qui booste les patients, comme Claude Pierrat, qui se remet du Covid.

Photo LBP/ Philippe BRUCHOT

"Grâce à la réalité virtuelle, j'ai compris que j'avais encore de bons réflexes, c'était très encourageant", témoigne Claude Pierrat, qui a passé un mois en rééducation après avoir contracté le coronavirus.

Claude Pierrat, 72 ans, a passé dont quatre semaines dans le coma, après avoir contracté le coronavirus. « J’ai eu la chance de cumuler un pneumothorax et une phlébite », plaisante celui qui, il le sait, revient de loin. « Mon dernier souvenir, c’est le transport par le Samu jusqu’à l’hôpital. À notre arrivée, l’ambulancier m’a demandé si je pouvais marcher, j’ai répondu que oui. Puis, le trou noir. Je me suis réveillé un mois plus tard, en réanimation. J’avais été dans le coma, intubé, et j’affichais 15 kilos en moins sur la balance. Je suis ensuite resté un mois en pneumologie et à mon arrivée aux Rosiers, je ne marchais pas, j’étais en fauteuil. »


C’était le 8 mai. Claude est sorti de la clinique le 10 juin, debout et fier de sa récupération. « Le programme était très chargé : kiné, électrothérapie, vélo. Et le point le plus important, selon moi, l’ergothérapie. Au bout d’une ou deux séances à porter et manipuler de petits poids, j’ai réussi à me couper les ongles seuls, ce qui était impossible au départ. » Quand il se remémore cette période de lutte et aussi de craintes, l’émotion gagne Claude Pierrat, extrêmement soutenu par sa famille et l’ensemble des équipes des Rosiers.


Le petit plus qui booste la confiance en soi

Mais « la cerise sur le gâteau », selon ses propres mots, le petit plus qui lui a redonné confiance en ses capacités, lui a permis « d’aller plus loin dans l’amplitude », en oubliant la douleur, c’est la réalité virtuelle. « J’en avais entendu parler par mon fils, fan de jeux vidéo et de technologie. Quand l’équipe de soignants m’a proposé d’essayer dans le cadre de ma prise en charge, j’ai immédiatement été partant ! Avec ce dispositif, je me suis amusé et je n’avais pas l’impression d’être en exercice. Dans le premier jeu – car pour moi c’était vraiment du jeu ! –, je devais faire passer des balles qu’on m’envoyait dans des raquettes trouées. Cela m’a apporté beaucoup de souplesse au niveau des épaules, car j’étais raide et, surtout, j’ai compris que j’avais encore de bons réflexes, c’était très encourageant ! »

Claude, conquis, recommande aux hésitants de se lancer dans l’aventure de la réalité virtuelle, « ne serait-ce que pour l’amusement que cela procure. Pour ma part, après tout ce qui s’était passé, j’avais aussi besoin d’oublier ce qui n’allait pas. Covid ou pas, quand on est en rééducation après une hospitalisation, vous vivez tellement différemment. Il y a un moment où on a besoin de s’échapper, même virtuellement. »

Amandine ROBERT


« L’usager arrive à faire des choses qu’il ne pensait pas pouvoir réaliser »

Claire Gervais, médecin de rééducation

Photo LBP/ Philippe BRUCHOT

« Cela fait presque deux ans que nous souhaitions acquérir un outil de réalité virtuelle (RV). À la base, c’était pour la rééducation de la main. Mais à l’usage, depuis novembre que nous sommes équipés, on s’est rendu compte que les applications étaient multiples, le champ des possibles est bien plus vaste que ce que l’on pensait. On peut utiliser la RV dans des troubles de l’équilibre, pour des pathologies douloureuses des membres supérieurs, des cervicales et des lombaires. Autre application précieuse : dans les cas de kinésiophobie, c’est-à-dire la peur du mouvement. Quand le patient est dans un schéma de douleurs chroniques, il protège la zone douloureuse, il l’exclut, en ne la mobilisant plus. Avec l’outil de réalité virtuelle, on lève cette barrière par le jeu et les images. L’attention est captée et l’usager arrive à faire des choses qu’il ne pensait pas pouvoir réaliser. On est là dans un processus de reprise de confiance. Notre spécialité, la rééducation, est vraiment source de satisfactions et d’émotions, car nos patients ne font que progresser vers un retour à leur vie quotidienne. Notre force, l’essence même de notre travail, c’est la pluridisciplinarité. Nous avons une équipe qui se compose de soignants, de médecins, de rééducateurs, de sophrologues, diététiciens, assistants sociaux, psychologue et un pôle administratif. On prend en charge le patient dans sa globalité et, si nos techniques sont différentes, tout le monde a le même objectif. La kiné est plus analytique, l’enseignant d’activité physique adapté va être dans le travail d’un geste, l’ergothérapeute sera axé sur le fonctionnel, le quotidien. Tout cela sont des compétences nécessaires pour se réadapter. »


Aude Gonçalves, ergothérapeute

"Tout est ajustable, il y a des exercices pour chaque pathologie. On peut faire

une progression sur la séance et un comparatif d’un jour à l’autre. C’est aussi un outil d’évaluation. Ce qui est certain, c’est qu’avec la réalité virtuelle, les patients vont plus loin dans l’amplitude que lors d’une séance d’ergothérapie classique. "


Morgane Grosset,

responsable rééducation

"Il est important que ce ne soit pas addictif, ni trop fatigant. Il faut cibler correctement l’objectif et adapter l’exercice aux besoins du patient"



J’ai testé pour vous la réalité virtuelle…et j’ai adoré taper sur des taupes !

Photo LBP/ Philippe BRUCHOT

Ce devait être un test, très professionnel, du casque et des manettes de l’équipement de la clinique des Rosiers. Mais, en réalité, c’est effectivement un jeu. Je suis dans une fête foraine ; le tableau à 360 degrés est complet et évolue. Des gens passent devant mes yeux en parlant, un chapiteau est derrière moi, la musique est festive.

À la place des deux manettes que Julie, stagiaire aux Rosiers, m’a fixées aux poignets, j’ai deux maillets qui apparaissent. Mission : ta-per sur les taupes qui sortent aléatoirement leur tête de trous disposés devant moi. Ça va vite, cela demande d’être concentré, réactif et d’aller frapper loin. En deux minutes, mon score s’affiche. Pas mauvais, mais pas non plus exceptionnel, pour moi qui ne suis pas en rééducation. Cela laisse deviner qu’effective-ment, dernière le jeu, ce sont les muscles, les articulations et l’attention qui travaillent fort. On sort de sa zone de confort, sans même s’en rendre compte, et c’est bien ça le but.


Les séances n’excèdent pas 15 minutes et sont intenses, mais très drôles.

Des mises à jour régulières pour ne pas s’ennuyer

On a beau savoir que c’est « pour de faux », l’environnement de la réalité virtuelle est très abouti. Jeu de fête foraine, ninja de fruits, tennis spatial : toutes les scènes ont un décor et un accompagnement sonore très pointus, qui permettent de tromper les esprits les plus cartésiens. En essayant, on se rend vite compte que les saynètes ludiques sont aussi assez physiques et mobilisent plusieurs muscles, articulations, compétences et demandent une bonne dose de concentration. C’est la raison pour laquelle les séances ne durent pas plus de 15 minutes. Elles peuvent se dérouler debout ou sur une chaise, sont évolutives en intensité d’un jour à l’autre et la machine permet de mesurer l’évolution du patient. Pour ne pas tourner en rond, des mises à jour régulières sont faites, et ce sont plus d’une trentaine de scénarios qui sont à disposition. Tout le matériel a été d’abord testé par les pros de la clinique, pour une prise en main des scénarios et une meilleure attribution des « jeux » selon les pathologies.


Retranscription de l'article paru dans "Le Bien Public" le dimanche 20 septembre 2020.


Découvrez également un reportage réalisé dans un cabinet de kinésithérapeute en libéral ici.

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